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Le chocolat est fabriqué à partir des graines du cacaoyer, Theobroma cacao, un petit arbre à feuillage persistant originaire des forêts tropicales d'Amérique du Sud. Son nom scientifique lui a été donné au XVIIIe siècle par le botaniste suédois Carl von Linné ; il signifie « nourriture des dieux » en grec. L'arbre est exigeant quant à son lieu de vie : il lui faut de la chaleur, une forte humidité, des pluies régulières et de l'ombre. Il pousse donc surtout dans une étroite bande située à environ 20 degrés au nord et au sud de l'équateur.
Les cacaoyers ont une particularité curieuse. Leurs petites fleurs roses et blanches, puis leurs fruits, poussent directement sur le tronc et les grosses branches plutôt qu'à l'extrémité des rameaux. Les botanistes appellent ce phénomène la cauliflorie. Les fleurs sont surtout pollinisées par de minuscules moucherons, et seule une petite partie d'entre elles deviennent des fruits. Un jeune arbre a généralement besoin de quelques années avant de donner sa première récolte.
Le fruit est une cabosse côtelée, dont la forme rappelle un peu un ballon de rugby, et qui devient en mûrissant jaune, orange, rouge ou violette selon la variété. À l'intérieur, plusieurs dizaines de graines baignent dans une pulpe blanche, sucrée et collante. Ces graines sont les fèves de cacao. Fraîchement sorties de la cabosse, elles ont un goût extrêmement amer et astringent, qui ne ressemble en rien au chocolat que nous connaissons. Pour les transformer en chocolat, il faut une longue suite d'étapes : certaines ont été découvertes il y a des milliers d'années, d'autres au cours des deux derniers siècles seulement.
Pendant longtemps, les historiens ont supposé que le cacao avait d'abord été utilisé au Mexique et en Amérique centrale. Puis des archéologues étudiant la culture Mayo-Chinchipe sur un site appelé Santa Ana-La Florida, dans la haute Amazonie équatorienne, ont découvert des traces de cacao dans des poteries anciennes, ainsi que de l'ADN ancien de cacao. Ces vestiges ont environ 5 300 ans, ce qui laisse penser que des populations d'Amérique du Sud utilisaient le cacao bien avant qu'il ne devienne célèbre plus au nord.
En Mésoamérique, des résidus de cacao ont été identifiés dans des poteries vieilles de près de 4 000 ans. Les Olmèques, l'une des premières sociétés complexes de la région, sont souvent associés aux premiers usages du cacao, et le mot « cacao » lui-même proviendrait de langues parlées dans cette zone bien avant les Aztèques.
Pour les Mayas, le cacao était une substance précieuse liée à la religion, aux festins et au pouvoir. Les artistes mayas peignaient des cabosses sur des céramiques, et certains vases à boire portent le glyphe de kakaw, preuve qu'ils étaient destinés à contenir du chocolat. Le cacao apparaît dans les mythes mayas ; il était offert lors de cérémonies et échangé à l'occasion d'événements importants comme les mariages.
Le chocolat des temps anciens était presque toujours une boisson, et non un aliment solide. Les fèves torréfiées étaient broyées sur une pierre appelée metate, mélangées à de l'eau et souvent parfumées au piment, à la vanille, avec des fleurs ou du maïs. Il était généralement amer plutôt que sucré. Pour obtenir une épaisse couche de mousse, considérée comme la meilleure partie, on versait le liquide d'un récipient dans un autre tenu nettement plus bas.
Les Aztèques ne pouvaient pas cultiver le cacao dans la vallée de Mexico, fraîche et en altitude ; ils se le procuraient donc par le commerce et sous forme de tribut versé par les régions basses conquises. Les fèves de cacao étaient si précieuses qu'elles servaient de monnaie pour les achats quotidiens. Des chroniqueurs espagnols ont même décrit des faussaires qui vidaient les fèves et remplissaient les coques de terre. Chez les Aztèques, boire du chocolat était surtout associé aux nobles, aux guerriers et aux riches marchands.
Les Européens ont découvert les fèves de cacao au début du XVIe siècle, et les Espagnols ont connu la boisson chocolatée lors de leur conquête du Mexique (1519-1521). Au départ, beaucoup trouvaient étrange cette boisson amère et épicée. Au cours des décennies suivantes, elle fut pourtant adaptée aux goûts espagnols : les cuisiniers supprimèrent le piment, ajoutèrent du sucre de canne et des épices comme la cannelle, et la servirent chaude. À la fin du XVIe siècle, le cacao était expédié vers l'Espagne, où le chocolat chaud sucré devint à la mode dans l'aristocratie.
Au XVIIe siècle, la boisson se répandit en Italie, en France, en Angleterre et dans d'autres pays. À Londres, des « maisons de chocolat » ouvrirent aux côtés des cafés : on s'y retrouvait pour boire, parler affaires et discuter de politique. Le chocolat restait un luxe, car le cacao devait traverser l'Atlantique et être broyé à la main, et le sucre coûtait cher lui aussi.
Cette demande croissante avait une face sombre. Les puissances coloniales européennes établirent des plantations de cacao dans leurs colonies tropicales, et une grande partie du travail y était effectuée, comme dans les plantations de canne à sucre, par des personnes réduites en esclavage. La douceur dont profitaient les élites européennes reposait sur un système de travail forcé, un pan de l'histoire du chocolat que les historiens étudient aujourd'hui de près.
Pendant la plus grande partie de son histoire en Europe, le chocolat est resté une boisson. La tablette solide que nous connaissons aujourd'hui est le fruit d'une série d'inventions du XIXe siècle.
Grâce à ces inventions et à l'essor des usines et des chemins de fer, le chocolat devint moins cher et put être vendu au grand public. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, des entreprises comme Cadbury en Grande-Bretagne et Hershey aux États-Unis firent de la tablette de chocolat un en-cas de tous les jours.
Aujourd'hui encore, la fabrication du chocolat commence à la plantation, par un travail en grande partie manuel.
Le beurre de cacao est une matière grasse inhabituelle. Il peut cristalliser sous six formes différentes, chacune ayant sa propre structure et son propre point de fusion. Une seule d'entre elles, appelée forme V, donne au chocolat une surface brillante, une cassure nette et un fondant régulier. Le tempérage consiste à chauffer, refroidir et remuer le chocolat afin que se forment des cristaux de forme V et pas les autres. Un chocolat mal tempéré paraît terne, se révèle mou ou friable et peut présenter des traînées.
Un chocolat bien tempéré fond à une température juste inférieure à celle du corps humain. C'est pourquoi il reste ferme dans une pièce fraîche mais devient liquide sur la langue, libérant ses arômes d'un seul coup. C'est aussi la raison pour laquelle une tablette oubliée dans une poche chaude se ramollit vite.
Il arrive que du vieux chocolat se couvre d'un voile blanchâtre. On parle de blanchiment. Le blanchiment gras se produit lorsque le beurre de cacao migre vers la surface et recristallise, souvent après que le chocolat a chauffé puis refroidi. Le blanchiment sucrier se produit lorsque l'humidité dissout le sucre en surface, qui sèche ensuite en minuscules cristaux. Un chocolat blanchi est moins appétissant, mais il peut être mangé sans danger.
Le cacao lui-même existe en plusieurs variétés. Traditionnellement, les producteurs distinguent trois grands groupes : le criollo, apprécié pour ses arômes délicats mais moins résistant ; le forastero, plus robuste et à l'origine de la majeure partie du cacao mondial ; et le trinitario, un hybride des deux. Les études génétiques modernes montrent que la diversité réelle du cacao est bien plus grande que ne le laissent penser ces trois noms.
Le chocolat contient de la théobromine, un stimulant léger apparenté à la caféine, ainsi que de plus petites quantités de caféine. Malgré son nom, la théobromine ne contient pas de brome : son nom vient de Theobroma, le cacaoyer. Chez l'être humain, les quantités présentes dans une portion normale de chocolat sont généralement sans danger.
Les chiens, les chats et de nombreux autres animaux éliminent cependant la théobromine beaucoup plus lentement que nous. Pour eux, le chocolat peut être toxique et provoquer des vomissements, une accélération du rythme cardiaque, des tremblements et, dans les cas graves, la mort. Le chocolat noir et le chocolat pâtissier sont les plus dangereux, car ils contiennent le plus de théobromine. C'est pourquoi il ne faut jamais donner de chocolat aux animaux de compagnie.
Le cacao est également riche en composés végétaux appelés flavanols, que les chercheurs ont étudiés pour leurs effets possibles sur les vaisseaux sanguins et la santé du cœur. Toutefois, la plupart des produits chocolatés contiennent aussi beaucoup de sucre et de graisses ; les spécialistes de la nutrition considèrent donc le chocolat comme une gourmandise à savourer avec modération plutôt que comme un aliment santé.
Bien que le cacao soit originaire des Amériques, il est aujourd'hui cultivé en majorité en Afrique de l'Ouest. La Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial, suivie du Ghana, et ces deux pays fournissent ensemble plus de la moitié du cacao de la planète. Parmi les autres grands producteurs figurent l'Indonésie, l'Équateur, le Cameroun, le Nigeria et le Brésil. La majeure partie du cacao ne pousse pas dans d'immenses plantations, mais dans des millions de petites exploitations familiales.
Les fèves sont pourtant transformées en chocolat surtout très loin de là, en particulier en Europe et en Amérique du Nord. Des pays comme la Suisse, l'Allemagne et la Belgique sont réputés à la fois pour leur fabrication de chocolat et pour la quantité qu'ils en consomment par habitant.
Le secteur fait face à de graves difficultés. De nombreux cacaoculteurs gagnent très peu pour leur récolte, et des enquêtes ont montré que plus d'un million d'enfants travaillent dans des plantations de cacao en Côte d'Ivoire et au Ghana, souvent à des tâches dangereuses comme le maniement de machettes ou le port de lourdes charges. Le défrichement des forêts pour créer de nouvelles plantations a aussi contribué à la déforestation en Afrique de l'Ouest. Des systèmes de certification comme Fairtrade et des programmes d'entreprises visent à améliorer les conditions, mais les progrès restent inégaux.
Les cacaoyers sont aussi vulnérables aux maladies, aux ravageurs et aux variations météorologiques. En 2024, de mauvaises récoltes en Afrique de l'Ouest ont contribué à porter les prix du cacao à des niveaux record, rappelant au monde à quel point l'approvisionnement de sa douceur préférée peut être fragile.
D'une boisson mousseuse offerte aux dieux mayas à une tablette vendue dans presque toutes les épiceries de quartier, le chocolat a traversé les continents et les siècles. Derrière chaque carré se cache une histoire faite de botanique tropicale, de civilisations anciennes, d'inventeurs ingénieux, de chimie minutieuse et de millions d'agriculteurs dont le travail rend cette gourmandise possible.